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A la une BIENVENUE SUR LE SITE DE LA PLUME ET L'IMAGE

      
    peinture haïtienne


Si l'été est pluvieux ou morne
Si le ciel voile l'étang d'une paupière de nuage
Si la palme se dénoue en haillons
Si les arbres sont d'orgueil et noirs dans le vent et la brume
Si le vent rabat vers la savane un lambeau de chant funèbre
Si l'ombre s'accroupit autour du foyer éteint
Si une voilure d'ailes sauvages emporte l'île vers les naufrages
Si le crépuscule noie l'envol déchiré d'un dernier mouchoir
et si le cri blesse l'oiseau... tu partiras

                                    Jacques ROUMAIN, poète haïtien ( 1907 - 1944 )  extraits de " Bois d'Ebène "                 

                                                
Alors qu'Haïti panse lentement ses plaies, souvenons-nous de son histoire liée à celle de la France et toujours dramatique. Lire mon article consacré à cette île, en cliquant  ICI



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Oui, bienvenue sur ce blog qui vous propose plusieurs rubriques et pas moins de 620 articles, afin de vous inviter à l'évasion par la plume et l'image. Tout d'abord la rubrique PRINCIPAL où je me présente et vous parle de mon amour de l'écriture et des treize ouvrages que j'ai commis à ce jour. Afin de mieux me connaître, cliquer sur  LISTE DES ARTICLES  et sur  cette interview. Quant à ceux qui désireraient se procurer mes ouvrages, cliquer ICI

                    

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La troisième est dédiée aux   ACTEURS DU 7e ART,  qui ont contribué, par leur talent, à confirmer le succès d'un film et à le rendre plus présent dans nos mémoires. Cliquer sur le titre de chaque rubrique pour obtenir la liste complète des articles.

La quatrième est celle des  REALISATEURS DU 7e ART .

La cinquième est consacrée à   LA LITTERATURE.  Elle se partage en trois thèmes de réflexion : Les questions que l'on se pose - Les textes qui nous interrogent - Les voyages littéraires de Débézed.


J'ai intitulé la sixième :  L'EVASION.  Nous en avons besoin pour nous ressourcer, découvrir d'autres horizons, d'autres peuples, d'autres cultures. Il y a une formule ancienne qui dit que "partir, c'est mourir un peu". Je serais plutôt tentée de dire que partir, c'est renaître un peu. Deux sous-rubriques pour en faciliter la lecture : Les chemins traversiers et L'esprit des lieux

      

Récemment, j'ai commencé une série d'articles réunis sous le titre   L'HUMEUR DU JOUR .  Rubrique d'humeur ou d'hommage, selon... Elle se divise d'ailleurs en deux sous-rubriques : L'humeur vagabonde et Les hommages.


J'espère que cette diversité vous plaira. Chacun peut ainsi se promener à sa guise, selon son humeur, sa curiosité, ses goûts. Bonne visite ! Et faites-moi part de vos commentaires. Ils seront les bienvenus.

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LE CARNAVAL de VENISE

D'où vient l'appellation de ... carnaval ? Les linguistes avancent deux hypothèses. Le mot pourrait venir du latin  carnem levare, priver de viande, de chair, ce qui annonçait le carême - ou, au contraire, de carne vale, la chair prévaut, ce qui dans les deux cas concerne le même objet, dans le premier, la chair ou viande que l'on mange, dans le second la chair que l'on convoite. Le carnaval est, on le sait, une transgression des interdits, une exaltation momentanée de ce qui, d'ordinaire, est défendu. A Venise, dès la Renaissance, cette transgression atteindra des sommets et, malgré les interdits, sera encouragée régulièrement par le gouvernement et l'Eglise, peut-être comme soupape, si bien qu'il se maintiendra contre vents et marées tout au long des siècles de la République, dans un tourbillon de licence et de plaisir.
Point de masques, lors des premières fêtes. L'usage semble s'être répandu après la conquête du Levant. Une loi de 1268 autorise le port du masque, non seulement pendant le Carnaval, mais pour une période de 6 mois. Les Vénitiens prirent alors l'habitude de sortir masqués, richement vêtus, les femmes arborant tous leurs bijoux ( ce qui fut interdit par la suite hors du Carnaval ), qui débutait certaines années dès le 26 décembre sur la place Saint-Marc. Bientôt les artisans spécialisés dans la fabrication des masques eurent leur statut propre, leur corporation, différenciée de celle des peintres. De nombreuses boutiques s'ouvrirent dans la ville, permettant à chacun de s'approvisionner en masques et en déguisements. Parmi ceux-ci, il y avait la bauta ou masque noble qui était une sorte de capuchon de soie noire formant mantille sur les épaules et par-dessus lequel les gentilshommes portaient le tricorne. Le port de la bauta se complétait par celui de la larva ou volto, simple masque blanc qui donnait une allure quelque peu fantomatique à qui le posait sur son visage. Les nobles dames, quant à elles, cachaient leurs traits sous la moretta, masque ovale en velours noir.

   

Mais chacun, les patriciens comme les gens du peuple, pouvait adopter un des nombreux travestissements en vogue : turc fumant la pipe, médecin de la peste, avocat allemand, espagnol, juif, homme sauvage, diable, maure, bossu, sans oublier les personnages familiers de la Commedia dell'Arte : Arlequin, Pulcinella, Pantalon, Brighella, Colombine. La liste des déguisements serait interminable. Pendant cette période particulière, qui permettait tous les écarts, les milliers de courtisanes de Venise faisaient des affaires en or. D'autre part, le travestissement favorisait la prostitution masculine, la promiscuité et les débordements. Des espions, à la solde du Conseil des Dix, masqués évidemment, traquaient à l'occasion la débauche des uns et des autres, enfin je parle de ceux qui avaient une position en vue, et que l'on pouvait ainsi dénoncer et déboulonner aisément. Des lois furent promulguées, interdisant aux hommes de se costumer en femmes pour pénétrer dans les couvents et à quiconque d'entrer masqué dans une église ou un parloir de monastère. En temps de peste, le masque était prohibé mais, une fois l'épidémie terminée, la folie reprenait de plus belle. Elle allait durer jusqu'à la chute de la République, le gouvernement autrichien n'autorisant plus le masque que dans le cadre de soirées privées. De plus, les Vénitiens, fidèles à leur grandeur passée, répugnèrent à faire la fête sous le regard de l'occupant.

   

Quand Venise fut rattachée au royaume d'Italie, le Carnaval resta lettre morte. La cité des doges n'était plus alors qu'une ville provinciale, meurtrie dans son orgueil. Hormis quelques soirée mémorables organisées dans des palais par des personnalités comme le comte Volpi ou Charles de Beistegui, Venise s'était endormie comme le ferait une femme derrière son moucharabieh. Il fallut attendre les années 1970 pour que le Carnaval, à l'instar du phénix, renaisse de ses cendres et, ce, sous l'impulsion de commerçants vénitiens et d'étudiants qui souhaitaient rendre un peu de féerie à leur cité.  Les tout premiers Carnavals tinrent davantage du happening que de la fête longuement préparée et c'est peut-être cette improvisation et cette spontanéité qui eurent raison des réticences et en firent un succès. Maquillages et costumes refirent leur apparition, de même que les masques. Des soirées eurent lieu dans des appartements, des restaurants, dans les rues et le Carnaval de Venise put bientôt rivaliser avec celui de Rio. L'impact commercial et promotionnel d'une telle manifestation n'échappa à personne et nombreux furent ceux qui désirèrent s'investir davantage dans une manifestation devenue officielle, sans comparaison avec les premières flambées improvisées, instituant bals, feux d'artifice et événements spectaculaires. D'autant que c'était redonner vie à la cité au moment où l'humidité et le froid  n'incitent guère les touristes à venir y séjourner. Si bien que ce Carnaval est redevenu, depuis une vingtaine d'années, une véritable institution que de nombreux amateurs ne voudraient manquer pour rien au monde. Les Vénitiens s'investirent, les premiers,  dans cette résurrection qui procure à leur ville une manne inespérée. Spectacles et animations fleurissent un peu partout et une foule cosmopolite, qui joue le jeu avec enthousiasme, se donne rendez-vous sous le signe d'un travestissement éphémère qui la rend soudain tout autre. En une quinzaine d'années, le masque a rejoint la gondole parmi les objets qui symbolisent le mieux Venise. Vous en verrez exposés dans toutes les vitrines, à quelque époque que vous vous rendiez dans la Sérénissime. Des artisans de talent confectionnent de très beaux modèles, soit inspirés de la tradition, soit de leur imagination. Et quelle cité, autre que Venise, pouvait mieux servir d'écrin à un cérémonial païen où chacun semble devenir le fantôme de lui-même ?

Pour prendre connaissance des autres articles consacrés à Venise, cliquer sur leurs titres :

Revoir Venise     

Venise et le 7e Art       Venise et les îles de la lagune 

La république de Venise pourrait-elle encore servir d'exemple ?

Marcel Proust à Venise        Venise et les écrivains    


 
LIRE EN SERBIE

Nous quittons les steppes hongroises pour pénétrer dans une vaste région montagneuse qui a connu plus de violence et de misère que de jours paisibles et agréables. En effet, nous visitons maintenant le massif balkaniques et tous les états issus de l’explosion de la Yougoslavie où nous rencontrerons de nombreux écrivains de grand talent souvent inspirés par tous ces conflits qui enflamment régulièrement la région depuis des lustres maintenant. Au carrefour des mondes musulman, slave et catholique, cette région ne pouvait guère échapper à la malédiction quand on connaît le peu de sagesse des hommes, surtout quand il s’agit de religion. Nous consacrerons ainsi une première étape à la Serbie et aux nations qui l’ont quittée depuis peu : la Macédoine, le Monténégro et le Kosovo pour lesquelles je n’ai encore que peu de lectures. Nous parcourrons ces régions avec un écrivain, Miroslav Popovic, issu dune région toujours solidement rattachée à la Serbie, la Voïvodine, et nous irons la rencontre de l’œuvre du Monténégrin Branimir Scepanovic et deux Serbes : Vidosav Stevanovic et Slobodan Selenic.

Les loups de Voïvodine

    Miroslav Popovic (1926 - 1985)

En recherchant un livre de Danko Popovic, je suis tombé sur ce roman de son homonyme Miroslav qui a retenu mon attention car il évoque une région dont on parle rarement dans la littérature, la Voïvodine, contrairement à la Croatie, la Bosnie, la Serbie, le Kosovo, etc … qui ont servi de cadre à de nombreux ouvrages.

Dans son roman Popovic raconte l’histoire d’une petite ville de Voïvodine qui pourrait se concentrer dans l’entreprise où Frans, un Souabe, Serbe d’origine allemande, et son apprenti David, un vrai Serbe, accueillent Zurajica, qui pourrait être d’origine croate, comme le nouveau gardien des locaux de l’entreprise Albrechts, un Juif, pour lequel ils travaillent. Cette communauté multiethnique vit une vie plutôt médiocre, suite à la crise des années trente, mais relativement paisible, sans heurt particulier, quand survient la guerre qui les surprend dans la torpeur de cette vie sans relief et sans grand intérêt.

Dès le début de la guerre, les anciennes fractures ethniques se redessinent et modifient considérablement le paysage social. Les amitiés et les inimitiés se nouent désormais en fonction de l’appartenance à une ethnie et chacun se replie sur sa famille et sa nation d’origine pour se protéger et surtout éviter de se commettre avec les membres de l’un des autres clans. Les Souabes, les Folksdeutsche, retournent à leurs origines et soutiennent activement l’envahisseur allemand, alors que les Serbes raidissent leur position vis-à-vis de cette invasion et que les Juifs s’interrogent et glosent quant à leur avenir. Bizarrement Popovic n’évoque pas les Tziganes qui ont cependant payé un lourd tribut à cette occupation, ni les Islamiques qui ne semblent pas être très nombreux dans cette contrée des Balkans.

Le récit est largement encombré par de nombreuses digressions rapportant la vie des principaux acteurs de ce drame social et ethnique et stigmatise les différents comportements que l’on rencontre habituellement à l’arrière de toutes les guerres : la trahison, l’abus de pouvoir, la violence gratuite, la corruption, le vol, la spoliation, etc… Le vainqueur écrase les vaincus et abuse largement de sa force, les vaincus ploient et souffrent et les plus malheureux, en l’occurrence les Juifs, paieront très chèrement le prix de ce conflit

A travers cette fresque sociale, Popovic pose ouvertement le problème de la responsabilité du génocide et plus particulièrement de la part qu’il faut accorder à ceux qui pourraient être les loups de Voïvodine, les Folksdeutsche, qui ne se sentent peut-être pas responsables de vivre à cette époque. Toutefois, « on peut toujours remplacer les gens. Mais l’époque n’a ni mains ni jambes pour faire des choses qui ne se font pas… »

C’est aussi toute la question balkanique qui se trouve une nouvelle fois posée dans ce roman, sauf que les Musulmans ne sont cette fois pas concernés, et on retrouve toutes les démonstrations construites par Andric, Draskovitch, Jergovic, et bien d‘autres… sur ces peuples qui peuvent vivre en bonne entente et se déchirer et se massacrer à la première occasion mettant ainsi en lumière toute la fragilité de l’humanité qui comprend le pire et le meilleur, celui qui assassine gratuitement et celui qui va au bout de son idéal. Si on peut retirer la vie on ne peut pas tuer la dignité de celui qui accepte le sacrifice pour la justice et le respect des hommes. Et, dans ce livre, plein de haine, de violence et de misère, il y a tout de même un rayon de soleil, un juste au sens où Marek Halter l’entend.

Avec ce roman trop lourd, un peu laborieux, Popovic propose une image réaliste, dénuée de passion et d’émotion, une explication didactique, un témoignage impartial qui manque toutefois de souffle, d’émotion, d’indignation et d’humeur. Mais, c’est certainement un parti pris, une image qu’il faut accepter et admettre car cela c’est passé comme ça !

La bouche pleine de terre  de  Branimir Scepanovic  ( 1937 - ... ) 

Dans ce petit livre, un petit roman, une grande nouvelle, peu importe après tout, cette œuvre est un concentré de tout ce que la région vivra dans les années suivantes et certains ont voulu y voir comme une prémonition. Mais cette poursuite infernale entre un homme malade qui veut rentrer au pays, le Monténégro, pour se donner la mort, et deux chasseurs qui au départ ne lui voulaient aucun mal, montre bien toute la haine, la violence et l’horreur que les hommes peuvent dispenser quand ils s'enflamment mutuellement. Comment une simple interpellation amicale peut-elle dégénérer en une chasse à l’homme implacable et brutale ? Vous pourrez mieux le comprendre quand vous aurez lu ce livre et vous aurez peut-être aussi une meilleure idée de ce qui a généré la sauvage bestialité qui s’est déchaînée dans les divers conflits balkaniques.

La neige et les chiens  de Vidosav Stenanovic  ( 1942 - ... ) 

Un des premiers et plus tenaces adversaires du dictateur serbe Milosevic, Vidosav Strevanovic, a été aussi l’un des tous premiers à écrire sur le dernier drame balkanique. Un livre écrit à chaud, sur le fait, dans l’urgence, avec lequel il a voulu montrer toute l’horreur et la sauvagerie qui se sont déchaînées non seulement dans le camp des combattants mais aussi dans celui de ceux qui se trouvaient à la périphérie des combats, comme certaines journalistes ou autres acteurs secondaires. Je me souviens particulièrement de deux scènes extrêmement atroces qui illustrent bien toute l’horreur qui a caractérisée ce conflit : l’organisation d’une agression sauvage sur des êtres sans défense pour faire plaisir à la presse qui a besoin d’images « parlantes » et comment des combattants arrivés au bout de l’humanité font griller un enfant sur un feu de campement. Nous pensions connaître le bout de l’horreur mais Stevanovic nous inflige la réalité la plus atroce pour que nous mesurions toute l’étendue de l’horreur qui s’est déversée sur les Balkans au cours de ce conflit où les hommes n’étaient plus que des bêtes … et encore les bêtes s’acharnent pour une raison qui leur est bonne. Alors que là la sauvagerie semble être devenue une fin en soi … une fuite en avant irrépressible, une négation de la condition humaine.

L’ombre des aïeux  de Slobodan Selenic  ( 1933 - 1995 )

Selenic évoque, dans ce roman, cette époque au cours de laquelle, le monde musulman a dû admettre la défaite de la première guerre mondiale et constater la montée des nations balkaniques, cette période qui a vu une intelligentsia slave s’imposer et acquérir certaines prérogatives et une culture comme celle du narrateur de ce livre qui a terminé de brillantes études en Angleterre où il a rencontré un jeune femme qu’il a épousée. Et au soir de sa vie, dans les années soixante-dix, reclus dans son appartement de Belgrade, il regarde la société évoluer comme un médecin regarde son patient, incertain de ses progrès, il se remémore son parcours et constate le dilemme auquel son fils doit faire face, assis entre deux cultures qu’il a du mal à concilier. Une véritable quête d’une identité à construire, comme ces nations qui cherchent un avenir dans un contexte incertain, agité, flou, perturbé, … qui contient déjà tous le ingrédients des conflits à venir. Le passé ausculté ne comporte que les ferments d’un avenir trouble.

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